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En mémoire à ma patrie



(J’ai écrit ce texte il y a trois ans. Aujourd’hui, souvenons-nous du 04-08-20)


Des pas lents et lourds de sens retentissaient au loin. Des gens affluaient vers le square Dorchester situé à l’angle de la rue Peel et du boulevard René-Lévesque.

Le ciel gris reflétait leur état d’âme. Ils devaient être au moins deux cents à s’être réunis ce soir à Montréal. Deux cents, à avoir « temporairement » quitté leur terre natale dans l’espoir d’y retourner un jour, mais cet espoir n’était plus qu’un mirage à présent. Et malgré tout, malgré l’indescriptible douleur, malgré la pandémie, ils étaient tous là, réunis pour la même cause. Ils étaient tous là pour rendre hommage aux victimes de la double explosion qui a ravagé Beyrouth hier. Les uns pleuraient, les autres n’avaient plus de larmes à verser tant ils avaient vécu endeuillés. Et pourtant, la voix rauque d’une femme, qui martelait un slogan populaire en arabe, se fit entendre. Quelques secondes plus tard, c’était toute la foule qui scandait en chœur « Tous doivent partir ! Tous doivent partir ! ».

Des policiers de la Ville de Montréal se tenaient à l’écart et observaient la scène qui se dressait face à eux sans intervenir. Des passants curieux regardaient de loin les quelques drapeaux du pays du Cèdre qui ondulaient librement. Mais personne, hormis les deux cents Libanais, ne pouvait comprendre la vraie signification de ces paroles. Ce slogan en disait long ! Il avait vu le jour au Liban, en octobre 2019, alors que les manifestations pacifiques s’étaient répandues dans tout le pays pour revendiquer la fin de la corruption et la démission de toute la classe politique. C’est à cause de ces personnes au pouvoir que nous nous sommes retrouvés ici ce soir. C’est à cause de leur négligence, de leur inconscience, de leur insouciance que nous sommes constamment sur le qui-vive. C’est à cause de leur ignorance, de leur malveillance, de leur abus de confiance que nous avons été déraciné pour vivre une vie en paix ailleurs ; loin, très loin de ceux qu’on aime.

Dix-sept ans, ça fait dix-sept ans que j’ai quitté le Liban pour immigrer au Canada. Je n’étais qu’une adolescente quand mes parents m’ont imposé cette nouvelle vie. Au départ, je me suis opposée à cette décision en leur affirmant que je ne voulais pas déménager au pôle Nord. Aujourd’hui, je considère le Québec comme ma patrie d’adoption et je serais éternellement reconnaissante envers mes parents pour nous avoir donné le choix. Le choix de sortir de ce pays gouverné par d’insensibles traitres qui ne cherchent qu’à s’enrichir sur le dos du peuple. Mais ce peuple n’a pas dit son dernier mot ! Vous l’avez appauvri, vous l’avez humilié, vous lui aviez menti maintes fois depuis les dernières décennies et là, par-dessus tout, vous lui balancez près de 2750 tonnes de nitrate d’ammonium en plein cœur ! Une explosion digne d’une bombe atomique ! Une explosion qui a non seulement fait frémir les Libanais, mais le monde entier. Et malgré toute la terreur mêlée au profond désarroi, le peuple résiste encore et toujours ! Ce peuple, qui, peut-être pour la première fois de l’histoire du Liban, a uni sa voix sans tenir compte des confessions. Non, ce peuple n’a pas dit son dernier mot ! Ce peuple, qui à la manière de Gibran Khalil Gibran a clamé : « Vous avez votre Liban, et nous, nous avons notre Liban. »

Une brise légère se fit sentir alors que la foule était en train de se recueillir. Je me déconnectais peu à peu de la réalité en pensant à Beyrouth qui fut déjà détruite et reconstruite à sept reprises. Et les seules paroles qui me vinrent à l’esprit furent : « Notre phénix tient bon ! Cette fois-ci, c’est le peuple et la diaspora qui te soutiennent ! ».


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